Blog Magaz'In

Article

18 questions / réponses sur la gestion des conflits individuels

Date de publication : 19.01.26

Gestion | PilotageJuridiqueSocialTous secteurs d'activité

image a la une

Télécharger
le e-book

 

Les données collectées marquées d'un * sont obligatoires et permettront l'envoi ou le téléchargement de la ressource.
En savoir plus dans notre politique de confidentialité

Gérer un conflit individuel, ce n’est pas seulement éteindre un feu.
C’est transformer une friction en levier de maturité collective. Voici une sélection de 18 questions essentielles, accompagnées de réponses simples et concrètes pour vous aider à y voir plus clair.

1 – Quelles sont les obligations légales de l’employeur en matière de prévention et de traitement des conflits ?

L’employeur porte une double responsabilité : celle du bon fonctionnement de l’entreprise et celle de la sécurité des salariés, tant physique que mentale. Un conflit perturbe l’organisation et peut avoir des conséquences sur la santé des collaborateurs. C’est pourquoi l’employeur ne peut rester passif : il doit agir pour éviter la désorganisation et préserver la performance.

2 – Quel peut-être le rôle du CSE dans la gestion des conflits ?

Le Comité Social et Économique (CSE) n’est pas le responsable direct de la gestion des conflits, mais il occupe une place importante en tant que partenaire. Son rôle est avant tout préventif et consultatif. Il peut intervenir dans l’analyse des risques professionnels et formuler des propositions pour améliorer la prévention des tensions au sein de l’entreprise.

Le CSE est également un relais pour les salariés : il recueille leurs alertes lorsqu’ils se trouvent en difficulté ou en situation conflictuelle. Dans les cas les plus graves, comme le harcèlement, il peut participer à des enquêtes internes afin de faire la lumière sur les faits.

Toutefois, il est essentiel de rappeler que cette implication ne décharge en aucun cas l’employeur de sa responsabilité légale. Ce dernier reste le garant du bon fonctionnement de l’entreprise et de la sécurité des collaborateurs.

En résumé, le CSE est un acteur clé pour anticiper et accompagner la résolution des conflits, mais il agit toujours en complément de l’action de l’employeur.

3 – Quel est le bon timing pour gérer un conflit ?

Le meilleur moment pour intervenir dans la gestion d’un conflit, c’est le plus tôt possible. Plus on attend, plus la situation se complexifie et prend de l’ampleur. Avec le temps, des éléments s’ajoutent et rendent la résolution plus difficile.

Pour agir rapidement, il faut savoir détecter les signaux faibles : une tension perceptible, une irritabilité inhabituelle, des échanges plus froids. À ce stade, une écoute attentive et une médiation informelle peuvent suffire à apaiser la situation.

Lorsque le conflit devient avéré, les signes sont plus clairs : communication rompue entre deux personnes, refus de collaborer, projets communs abandonnés. Dans ce cas, il est nécessaire de rencontrer individuellement les parties pour comprendre les causes, puis d’organiser un entretien collectif afin de trouver une solution.

Si le conflit s’intensifie et impacte la performance ou l’ambiance de travail, il faut formaliser la démarche : entretiens officiels et médiation structurée. Enfin, dans les cas extrêmes, arrêts de travail, plaintes officielles, des mesures d’urgence s’imposent, incluant une enquête interne et, si nécessaire, des sanctions.

Le piège à éviter : Attendre que la situation se règle d’elle-même. Les conflits ne disparaissent pas seuls : plus on tarde, plus ils empirent.

4 – Quelles sont les erreurs types à éviter ?

Lorsqu’un conflit survient, certaines erreurs sont fréquentes… et peuvent aggraver la situation. La première consiste à minimiser ou ignorer le problème. Fermer les yeux en espérant que tout s’arrange est une illusion : plus on attend, plus le conflit s’envenime.

Une autre erreur est de prendre parti trop vite, souvent pour la première personne qui vient se confier. Cela crée un déséquilibre et peut accentuer les tensions. Il est essentiel d’écouter toutes les parties avant de se prononcer.

Attention également à juger au lieu de comprendre. Le fameux « triangle de Karpman », victime, sauveur, bourreau, est à éviter. Le rôle du manager n’est pas de désigner des coupables, mais d’accompagner vers une solution.

Le piège à éviter :

  • Gérer le conflit par email : les échanges écrits manquent de nuances et peuvent amplifier les malentendus. Privilégiez toujours la communication directe, en face-à-face ou en visioconférence.
  • Le manque de confidentialité est aussi une erreur grave. Si la confiance est rompue, il sera impossible d’avancer. Enfin, n’oubliez pas que tous les managers ne sont pas formés à la médiation : il est indispensable de se préparer, se documenter et, si besoin, se faire accompagner.

Dernier point : assurer un suivi. Un entretien ne suffit pas à régler définitivement un conflit. Il faut vérifier régulièrement que la situation s’améliore.

En résumé, la gestion des conflits exige vigilance, impartialité, confidentialité et constance.

5 – Quels sont les outils de communication les plus efficaces pour désamorcer un conflit ?

Dans une situation de conflit, la communication est la clé. Les acteurs sont nombreux : salariés, employeur, managers… et parfois la médecine du travail, qui joue un rôle essentiel lorsque la santé des collaborateurs est en jeu. Les échanges avec le médecin du travail sont confidentiels et peuvent aider à apaiser les tensions.

Concernant les outils, aucun n’est intrinsèquement mauvais. Un email, par exemple, peut être utile pour formaliser un accord ou garder une trace. Mais il présente aussi un risque : mal rédigé, il peut devenir violent et aggraver la situation. Trop souvent, on écrit ce qu’on n’ose pas dire, et les mots couchés sur le papier peuvent être interprétés de manière brutale.

La règle d’or ? Privilégier le dialogue direct. La communication verbale, en face-à-face ou en visioconférence, reste le moyen le plus efficace pour désamorcer un conflit. Si des écrits sont nécessaires, utilisez-les avec prudence, mesure et courtoisie. Un mail doit être clair, factuel et respectueux.

En résumé, commencez par parler. Écoutez, reformulez, clarifiez. Et si vous devez écrire, faites-le avec tact. Le dialogue reste le roi de la communication en période de tension.

6 – Comment déceler les signaux faibles qui annoncent une montée en tension vers un conflit AVANT d’arriver à la situation dudit conflit ?

Repérer les tensions naissantes n’est pas toujours simple. Pris dans le quotidien, on peut manquer d’attention aux changements subtils. Pourtant, certains indices doivent alerter.

Les premiers signaux sont comportementaux : un collaborateur habituellement sociable devient distant, ou au contraire, un salarié calme adopte soudain un comportement agressif. L’évitement est également révélateur : deux collègues qui travaillaient ensemble cessent de se parler, ne prennent plus leurs pauses communes, ou un salarié qui ne communique plus avec sa hiérarchie.

La communication dégradée est un autre indicateur. Des emails froids, cassants, ou l’ajout systématique de la hiérarchie en copie peuvent traduire une montée en tension.

Viennent ensuite les signaux organisationnels : baisse de performance, qualité en recul, insatisfaction client, retards ou absences répétées. Des demandes fréquentes de changement de poste au sein d’un service sont également des alertes.

Enfin, il existe des signaux collectifs : tensions visibles dans l’équipe, formation de clans, propagation de rumeurs, médisances, et une ambiance générale dégradée lors des moments conviviaux.

Pour les détecter, la clé est la proximité managériale : organiser des points réguliers, rester attentif aux comportements inhabituels et s’inquiéter des changements soudains. Plus on agit tôt, plus on évite que ces signaux faibles ne se transforment en conflit ouvert.

7 – La législation nous oblige à trop de prudence et de retenue (arrêt de travail, gestion des horaires etc.). Comment agir de manière équitable entre les salariés ?

La législation n’impose pas la retenue, mais la justice et l’équité. Et dans un contexte tendu, arrêts de travail, difficultés de recrutement, il est parfois tentant de faire preuve de souplesse ou d’éviter de formaliser les décisions. Pourtant, l’équité repose sur des principes clairs.

D’abord, l’égalité de traitement : des situations similaires doivent entraîner des réponses similaires. Ensuite, la proportionnalité : la sanction ou la mesure doit être adaptée à la gravité des faits. Une erreur isolée dans un contexte tendu ne justifie pas une réaction excessive. Comparez toujours avec les précédents pour rester cohérent.

Autre principe fondamental : le contradictoire. Chaque partie doit être entendue avant toute décision. Enfin, n’oubliez pas la traçabilité : consignez les faits, les entretiens et les décisions. Cela protège l’entreprise et garantit la transparence.

En résumé, agir équitablement, c’est appliquer des règles objectives, écouter, documenter et rester cohérent. Une équité bien gérée renforce la confiance et limite les risques de contentieux.

8 – Comment gérer un conflit entre mes salariés et un client ?

Un conflit avec un client est particulier, car il introduit une dimension extérieure à l’entreprise. Il ne s’agit plus seulement de tensions internes, mais d’une relation qui peut impacter la sécurité et la sérénité des collaborateurs. L’employeur a une obligation légale de protection, y compris face aux risques liés aux interactions avec la clientèle.

La première étape consiste à évaluer le risque dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP). Certaines activités, comme le transport de fonds ou la gestion de publics sensibles, nécessitent des mesures spécifiques pour prévenir les tensions. Anticiper ces situations par des règles claires et des procédures est essentiel.

Lorsque le conflit éclate, deux questions doivent guider l’action :

  • Le salarié a-t-il besoin de protection ? Si la situation présente un danger ou des menaces, la priorité est de sécuriser le collaborateur.
  • Le salarié a-t-il respecté ses obligations professionnelles ? Si le conflit résulte d’un manque de savoir-faire, d’une négligence ou d’un comportement inapproprié, l’employeur peut envisager une sanction disciplinaire, voire une séparation.

En résumé, la gestion d’un conflit avec un client repose sur un équilibre entre protection et responsabilité. Protéger le salarié contre les risques externes, mais aussi garantir le bon fonctionnement de l’entreprise en cas de manquement avéré.

9 – Dans le cadre d’un conflit entre salariés, le dirigeant doit-il s’en mêler ?

La réponse est simple : oui, absolument. Ignorer un conflit interne en pensant qu’il s’agit d’une affaire « personnelle » entre collaborateurs est une erreur majeure. Le rôle du dirigeant ou du manager est de garantir le bon fonctionnement de l’entreprise, et un conflit non traité peut avoir des conséquences graves : désorganisation, baisse de performance, stress, voire accusations de harcèlement.

Un conflit entre deux salariés ne reste jamais neutre. Il perturbe l’efficacité, dégrade l’ambiance et peut générer de la souffrance au travail. À terme, cela se traduit par de l’absentéisme ou des arrêts maladie. Laisser « la poussière sous le tapis » revient à prendre un risque pour la santé des collaborateurs et pour la performance globale.

Intervenir ne signifie pas juger, mais écouter, comprendre et agir. Organisez des entretiens, faites parler les parties, et montrez que vous êtes garant de la sérénité au sein de l’entreprise. Un principe à retenir : on ne doit pas sortir de l’entreprise plus malade qu’on y est entré.

En résumé, mêlez-vous de ce qui semble ne pas vous concerner : c’est votre responsabilité.

10 – Notre responsabilité peut-elle être engagée si on refuse d’intervenir ? sachant qu’intervenir peut donner une dimension plus importante au conflit.

Oui, clairement. Refuser d’intervenir dans un conflit engage la responsabilité de l’employeur, car il a un devoir de protection envers ses collaborateurs. Ignorer une situation tendue, même en pensant éviter de « l’amplifier », est une erreur : un conflit non traité peut dégénérer en harcèlement, souffrance au travail ou désorganisation majeure.

Intervenir ne signifie pas agir de manière brutale ou uniforme. Au contraire, il faut respecter un principe fondamental : l’individualisation des sanctions. Deux salariés impliqués dans le même incident ne doivent pas forcément recevoir la même sanction. Les décisions doivent être basées sur des critères objectifs : antécédents disciplinaires, gravité des faits, contexte. Ce n’est pas du favoritisme, c’est de la justice.

En résumé, ne pas intervenir, c’est prendre un risque juridique et humain. Intervenir, c’est protéger vos collaborateurs et préserver le bon fonctionnement de l’entreprise, tout en appliquant des règles claires et équitables.us avantageux financièrement, tout en demandant une vigilance sur la couverture sociale.

11 – En tant que responsable, comment gérer un conflit entre collègues sans créer de favoritisme ?

La clé pour éviter le favoritisme, c’est la préparation et la clarté. Chaque situation doit être abordée avec impartialité, en s’appuyant sur des faits objectifs et non sur des impressions ou des affinités personnelles.

Lorsque le conflit concerne un alternant, la vigilance doit être renforcée. Un alternant peut être mineur, débutant dans le monde professionnel et ne pas maîtriser les codes de l’entreprise. Sa présence partielle, alternant entre école et entreprise, peut aussi créer des décalages dans la compréhension des évolutions ou des processus. Ces spécificités exigent un accompagnement adapté.

Face à une difficulté, commencez par identifier la source du conflit : est-ce lié au rythme de l’alternance, à une organisation mal comprise, ou à des tensions avec le tuteur ? Ensuite, clarifiez les rôles et missions de chacun. Rappelez que l’alternant est en phase d’apprentissage et qu’on ne peut attendre de lui les mêmes performances qu’un collaborateur confirmé.

Associez systématiquement le tuteur dans la résolution du conflit et assurez-vous qu’il connaît bien son rôle. Valorisez le travail de l’alternant pour maintenir sa motivation et, si nécessaire, proposez une médiation. Enfin, gardez en tête que ces profils sont plus fragiles et nécessitent un suivi attentif.

En résumé, la gestion équitable repose sur l’écoute, la transparence et la cohérence. Ce n’est pas traiter tout le monde de la même manière, mais adapter votre approche en fonction des besoins, sans jamais céder à la subjectivité.

12 – Comment gérer un salarié en conflit avec un alternant ?

Ce type de situation est particulièrement sensible et demande une approche équilibrée. La première étape consiste à comprendre pourquoi le salarié souhaite que vous n’interveniez pas. Est-ce par peur des représailles ? Par honte ? Ou parce qu’il espère régler le problème seul ? Si le conflit semble mineur et sans impact sur l’organisation, il est possible de laisser les deux parties tenter une résolution directe, tout en restant attentif à l’évolution.

En revanche, si la situation présente un risque sérieux, harcèlement, danger ou conséquences importantes sur le fonctionnement de l’équipe, votre obligation légale d’intervenir s’impose. Il est essentiel d’expliquer ce devoir au salarié, tout en garantissant la confidentialité. L’intervention doit être discrète et neutre, sans laisser entendre que l’alerte vient de lui.

Analysez également l’impact sur le travail : si le conflit perturbe l’organisation, il faut agir rapidement. Cela peut passer par un entretien avec les deux parties, une clarification des attentes et, si nécessaire, une médiation. L’objectif est de rassurer, de fixer des règles claires et de rétablir un climat serein.

En résumé, adaptez votre réponse à la gravité du conflit : laissez une marge d’action si possible, mais soyez prêt à intervenir pour protéger la santé et la sécurité des collaborateurs.

13 – Comment réagir face à un collaborateur qui nous fait part d’un conflit mais finalement nous demande de ne pas intervenir par peur de mettre à mal une personne de l’équipe ?

Cette situation est fréquente et délicate. Un collaborateur vous alerte sur un conflit, mais souhaite que vous n’interveniez pas, par peur de nuire à un collègue ou de créer des tensions supplémentaires. Que faire ?

La première étape est d’écouter et de comprendre les raisons de cette demande : peur des représailles, volonté de préserver l’équipe, ou espoir que la situation se règle seule. Si le conflit est mineur et n’impacte pas l’organisation, vous pouvez laisser une chance à la résolution directe, tout en restant vigilant.

En revanche, si la situation présente un risque sérieux, harcèlement, danger, ou impact fort sur le fonctionnement de l’entreprise, votre obligation légale de protection s’impose. Il faut expliquer clairement ce devoir au collaborateur, tout en garantissant la confidentialité. L’intervention doit être discrète et neutre, sans laisser entendre que l’alerte vient de lui.

En résumé, adaptez votre réponse à la gravité du conflit : respectez la confidentialité, laissez une marge d’action si possible, mais soyez prêt à agir rapidement pour protéger la santé et la sécurité des collaborateurs.

14 – Comment gérer les demandes de jeunes employés sans leur dire non systématiquement ? Exemple : le sujet sur le télétravail

Les attentes des jeunes collaborateurs, notamment sur des sujets comme le télétravail, peuvent parfois créer des tensions. La première étape consiste à reconnaître le désaccord : « Nous n’arrivons pas à un accord sur ce point, mais voici le cadre professionnel à respecter ». Cette reconnaissance apaise et montre que vous écoutez.

Ensuite, rappeler les règles du jeu. Si votre organisation prévoit trois jours de présentiel, expliquez clairement que cette règle s’applique à tous, sauf exceptions justifiées. La transparence est essentielle pour éviter le sentiment d’injustice ou de favoritisme.

Gardez la porte ouverte : proposez un suivi, par exemple un rendez-vous dans un mois pour réévaluer la situation. Entre-temps, invitez le collaborateur à réfléchir à des solutions alternatives. Cette approche montre que vous êtes ouvert au dialogue, sans céder sur les impératifs organisationnels.

Enfin, si le désaccord persiste et impacte le fonctionnement de l’entreprise, il faudra envisager des mesures managériales : réorganisation, médiation externe, voire séparation. L’objectif n’est pas de « faire le bonheur » des collaborateurs, mais de garantir la performance et la cohésion.

En résumé : écoutez, expliquez, fixez des règles claires et prévoyez un suivi. Dire « non » n’est pas une fin en soi ; c’est poser un cadre tout en restant ouvert à la discussion.

15 – Comment mettre un point final à un entretien suite à la gestion d’un conflit si à la fin de celui-ci les parties ne sont pas d’accord et que le conflit n’est pas désamorcé ? Et quelles sont les solutions face à une situation bloquée ?

Il arrive qu’un entretien ne permette pas de désamorcer un conflit. Les parties restent en désaccord et la tension demeure. Dans ce cas, il est essentiel de mettre un point final clair à la discussion, sans laisser la situation s’enliser.

Commencez par reconnaître le désaccord : « Nous n’avons pas trouvé d’accord aujourd’hui, mais voici ce que j’attends de chacun sur le plan professionnel ». Rappelez les règles de fonctionnement et les comportements attendus : respect, communication constructive, collaboration sur les dossiers communs. Fixez un cadre minimal pour éviter que le conflit ne perturbe davantage l’organisation.

Ensuite, préparez la suite. Proposez un suivi : « Nous nous reverrons dans un mois pour faire le point ». Cette perspective montre que vous restez attentif et ouvert à des solutions. Entre-temps, invitez les parties à réfléchir à des alternatives.

Si la situation reste bloquée et impacte le fonctionnement de l’entreprise, il faudra envisager des mesures managériales : réorganisation, changement d’affectation, voire séparation. Une médiation externe peut également être une option pour apporter un regard neutre et apaiser les tensions.

Enfin, rappelez un principe fondamental : l’entreprise n’est pas là pour faire le bonheur des individus, mais pour fonctionner efficacement. Si le conflit compromet cette mission, la responsabilité du dirigeant est de prendre une décision, même difficile. La pire des solutions ? Ne rien faire. L’inaction laisse la situation pourrir et ouvre la porte à des risques juridiques et humains.

16 – Quelle attitude adopter face à l’insubordination d’un salarié dont l’opposition systématique est un frein au bon fonctionnement de l’entreprise ?

LL’insubordination est une situation sérieuse qui ne peut être ignorée. Elle se définit par le refus répété d’exécuter des consignes légitimes données par l’employeur ou le manager. Avant toute décision, il est essentiel de vérifier que les instructions étaient claires, conformes à la fiche de poste et à l’intérêt de l’entreprise. Une consigne abusive ou injustifiée ne peut évidemment pas fonder une sanction.

Ensuite, analysez le contexte : s’agit-il d’un refus isolé, lié à une circonstance particulière (ex. problème de santé), ou d’une opposition systématique ? Si le refus est ponctuel et justifié, un simple rappel suffit. En revanche, si l’attitude devient récurrente et impacte le fonctionnement de l’équipe ou la relation client, il faut agir.

L’entreprise repose sur un lien de subordination : le salarié est tenu d’exécuter les tâches prévues par son contrat. Si ce principe est remis en cause, des sanctions disciplinaires peuvent s’appliquer, allant de l’avertissement au licenciement pour insubordination. Cette décision doit être motivée par des faits objectifs et proportionnée à la gravité des manquements.

En résumé, face à l’insubordination, gardez une ligne directrice : protéger le bon fonctionnement de l’entreprise. Écoutez, vérifiez la légitimité des consignes, puis agissez avec mesure et traçabilité.

17 – Dans quelle mesure peut-on dire qu’il y a acharnement ou harcèlement ?

Le harcèlement moral est une notion juridique précise et sérieuse. Il ne s’agit pas d’un simple désaccord ou d’une tension ponctuelle. Pour qu’il soit caractérisé, il faut qu’il y ait une répétition d’agissements ou des comportements qui ont pour objet ou pour effet de porter atteinte à la santé, à la dignité ou aux conditions de travail d’un salarié.

Il est important de rappeler que donner des instructions, contrôler le travail ou sanctionner un salarié dans le cadre normal du lien de subordination ne constitue pas du harcèlement. La ligne rouge est franchie lorsque ce pouvoir est détourné pour nuire : par exemple, priver un salarié d’un avantage sans raison, l’isoler volontairement ou le déstabiliser.

Quant à la notion d’« acharnement », elle n’a pas de définition juridique stricte. Elle peut être perçue comme une forme de harcèlement, mais ce qui compte, c’est la preuve d’agissements répétés et nocifs. À défaut, on parle plutôt de souffrance au travail, qui peut résulter d’une surcharge, d’un manque de clarté dans les règles ou de conditions difficiles.

Pour l’employeur, le signal d’alerte est clair : multiplication des arrêts de travail, turnover élevé, climat dégradé. Ces indicateurs doivent inciter à agir rapidement pour clarifier les règles, apaiser les tensions et prévenir les risques.

En résumé, le harcèlement est exceptionnel mais grave. Il ne doit pas être confondu avec un conflit ou une exigence professionnelle. L’objectif est de prévenir ces situations avant qu’elles ne dégénèrent.

18 – Quelle est la meilleure manière de proposer une rupture conventionnelle et de gérer cette situation ? Comment gérer le refus du salarié ?

La rupture conventionnelle est un outil efficace lorsqu’elle est utilisée dans le respect des règles. Elle peut être proposée dans deux contextes :

  • Cas simple : le salarié souhaite partir, l’employeur est d’accord. Les deux parties signent en toute liberté, sans pression. C’est une solution gagnant-gagnant qui garantit au salarié ses droits (indemnité, chômage) et sécurise l’employeur.
  • Cas complexe : la rupture conventionnelle devient un moyen de résoudre un conflit. Elle présente alors des avantages majeurs : neutralité du motif, réduction des risques de contentieux, et possibilité de négocier sereinement. Cette négociation doit être menée dans le respect et la transparence.

Et si le salarié refuse ? Il en a parfaitement le droit. Dans ce cas, deux options :

  • La vie continue : vous maintenez la relation de travail en essayant de rétablir la collaboration.
  • L’employeur agit : si le refus s’accompagne de manquements graves ou persistants, il peut envisager une procédure disciplinaire, voire un licenciement. Cette décision doit être motivée par des faits objectifs et proportionnée.

En résumé, la rupture conventionnelle est une solution souple et sécurisée, mais elle ne doit jamais être imposée. Si elle échoue, l’employeur doit prendre ses responsabilités pour préserver le bon fonctionnement de l’entreprise.

Cet article est issu du Direct du Droit dédié à ce sujet et dont le replay est accessible en lien ici.

À propos de L'auteur

Pierre-Jacques Castanet

Avocat à la cour, spécialisé en droit du travail

Pierre-Jacques Castanet dirige le Département droit social du cabinet In Extenso Avocats d’Ile de France. Il est spécialisé en droit du travail et de la protection sociale.

Voir d'autres articles

Lila Cluzel

Associée, Directrice des affaires sociales

Associée et Directrice des affaires sociales, Lila accompagne les dirigeants d’entreprise de la région Auvergne-Rhône-Alpes dans la gestion de leurs ressources humaines tant au niveau de la paie que du conseil en droit du travail.

Voir d'autres articles

Partagez cet article

Vous avez aimé cet article, vous avez une question ? Laissez un commentaire

Notre politique de protection des données personnelles.

VOUS AIMEREZ AUSSI...

Suivez-nous !

Des contenus utiles pour vous inspirer dans la gestion de votre entreprise

*

Les données collectées serviront uniquement pour vous envoyer les lettres d'information. Vous pouvez à tout moment utiliser le lien de désabonnement intégré dans chaque envoi. En savoir plus dans notre politique de confidentialité.