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Conflit au Moyen‑Orient : l’administration clarifie les règles de recours à l’activité partielle

Date de publication : 28.04.26

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Face aux répercussions que peut avoir le conflit engagé au Moyen‑Orient sur les entreprises françaises et les tensions actuelles liées à la crise énergétique, l’administration a récemment apporté des précisions notables concernant les conditions de recours à l’activité partielle, sans pour autant créer un dispositif spécifique au contexte.

Ces précisions de l’administration visent à harmoniser les pratiques d’instruction des demandes par les services de l’État, en particulier les directions départementales de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS). Elle intervient dans un contexte d’afflux de sollicitations d’entreprises confrontées à des baisses d’activité, des ruptures d’approvisionnement ou des difficultés organisationnelles directement liées aux conséquences du conflit.

Cet article vous propose un éclairage sur ces nouvelles orientations pour mieux comprendre les leviers dont disposent aujourd’hui les entreprises.

Les répercussions du conflit au Moyen-Orient sur l’économie française sont bien réelles. Chaînes logistiques perturbées, approvisionnements en matières premières compromis, activités de fret à l’arrêt… Pour les entreprises directement touchées, la situation peut rapidement devenir critique.

Face à cela, l’administration confirme que l’activité partielle peut être mobilisée, sous conditions. Elle apporte également des précisions sur les conditions d’accès au dispositif dans ce contexte, sans pour autant créer un régime spécifique, contrairement à ce que nous avions connu pendant la crise Covid-19. Ce sont les règles de droit commun qui s’appliquent, mais avec des clarifications utiles pour les entreprises concernées.

Deux catégories d’entreprises sont explicitement visées.

1. Les entreprises dépendant des flux de transport internationaux

Compagnies de fret, entreprises de logistique, commerces tributaires des flux maritimes ou aériens dans la zone… Si l’activité est directement touchée par la fermeture du détroit d’Ormuz ou par les perturbations du trafic aérien, l’entreprise peut solliciter l’activité partielle au titre du motif « toute autre circonstance de caractère exceptionnel » (article R. 5122-5, 5 du Code du travail).

Pour que la demande soit recevable, l’employeur doit démontrer :

  • Un lien direct entre la baisse d’activité et les événements du conflit ;
  • L’absence de solutions alternatives pour compenser cette baisse d’activité ;
  • L’absence de clause contractuelle couvrant ce type de préjudice.

2. Les entreprises confrontées à des ruptures d’approvisionnement de matières premières

Si l’activité dépend de matières premières dont l’approvisionnement est compromis en raison du conflit, les entreprises peuvent invoquer le motif « difficultés d’approvisionnement en matières premières et en énergie » (article R. 5122-1, 2° du Code du travail).

Là encore, plusieurs conditions s’appliquent :

  • Démontrer le lien direct entre leur activité et les évènements du conflit en cours (dépendance à la matières premières en rupture d’approvisionnement pour fonctionner ; impossibilité de réorienter l’activité via l’utilisation d’autres matières premières ; etc.) ;
  • Prouver que l’entreprise n’a pas la capacité de mettre en place des mesures alternatives permettant de compenser la baisse d’activité (justifier notamment l’impossibilité de recourir à des matières premières alternatives).

C’est un point capital à bien retenir. Les entreprises subissant des effets indirects du conflit au Moyen-Orient ne sont pas éligibles à l’activité partielle dans ce cadre.

Sont donc exclues, notamment :

  • La hausse du prix des carburants ;
  • La hausse du coût des matières premières sans rupture d’approvisionnement directe ;
  • La dégradation générale de la conjoncture économique.

Dans ces situations relevant d’effets indirects, l’activité partielle ne pourra donc pas être mobilisée sur ce fondement.

  1. Consulter le CSE (si l’entreprise en est dotée) : son avis doit être joint au dossier.
  2. Constituer un dossier motivé et documenté : lien de causalité avec le conflit, absence d’alternatives, preuves à l’appui.
  3. Déposer la demande avant la mise en œuvre de l’activité partielle : la règle de l’antériorité est en principe obligatoire.
  4. Adresser la demande à la DDETS du département de l’entreprise : les dossiers sont étudiés au cas par cas.
  5. Une fois l’autorisation obtenue, transmettre à l’Agence de Services et de Paiement ne demande dématérialisée de versement de l’allocation, comprenant notamment l’identité de l’employeur, la liste nominative des salariés concernés et les états indiquant, pour chacun, le nombre d’heures chômées.

En parallèle de l’activité partielle, d’autres mesures peuvent être envisagées, notamment le report du paiement des cotisations patronales. L’Urssaf a en effet annoncé, dès le 9 avril 2026, le déploiement de mesures d’accompagnement en faveur de certains employeurs, travailleurs indépendants et marins confrontés à des difficultés de trésorerie liées à la hausse des prix de l’énergie provoquée par le conflit.

Ces mesures concernent en particulier certains secteurs fortement exposés : la filière de la pêche, les exploitants agricoles ainsi que les transports routiers, aérien et maritime. D’autres secteurs bénéficient également de mesures sociales, notamment le BTP et les « travailleurs modestes grands rouleurs ».

Dans un contexte de trésorerie tendue, ce levier peut apporter un souffle supplémentaire aux entreprises fragilisées.

Dans quels cas une entreprise peut‑elle recourir à l’activité partielle en lien avec le conflit au Moyen‑Orient ?

Une entreprise peut mobiliser l’activité partielle si elle subit un impact direct du conflit : perturbation des flux de transport internationaux, blocage logistique, rupture d’approvisionnement en matières premières essentielles. L’administration exige la preuve d’un lien causal clair entre l’événement géopolitique et la baisse d’activité.

Quelles sont les entreprises considérées comme directement impactées par le conflit ?

Sont éligibles :
les entreprises dépendantes du transport maritime, aérien ou du fret international ;
celles confrontées à une rupture avérée de matières premières liée au conflit. Ces situations doivent être documentées et démontrer l’absence de solutions alternatives.

Les effets indirects du conflit au Moyen‑Orient ouvrent‑ils droit à l’activité partielle ?
Non. Les effets indirects — hausse des prix de l’énergie, augmentation du coût des matières premières, ralentissement économique global — ne permettent pas d’activer l’activité partielle. Seules les conséquences directes, immédiates et non contournables sont recevables par l’administration.

Quelles sont les étapes clés pour déposer une demande auprès de la DDETS

?

Le dossier doit inclure :
– l’avis du CSE (si existant),
– une démonstration du lien direct avec le conflit,
– la preuve de l’absence d’alternatives organisationnelles,
– des justificatifs concrets (rupture d’approvisionnement, arrêt de flux, etc.). En principe, la demande doit être déposée avant la mise en œuvre de l’activité partielle.

Quelles solutions existent pour les entreprises en difficulté de trésorerie en plus de l’activité partielle ?

En complément, l’Urssaf peut accorder des reports de cotisations ou des mesures d’accompagnement pour les secteurs les plus exposés (pêche, agriculture, transport, BTP…). Ces dispositifs peuvent aider à absorber les tensions financières liées à la hausse des coûts de l’énergie.

À propos de L'auteur

Manon Very

Juriste Conseil Social

Au sein de la Direction Marché Conseil Social et Paie, Manon accompagne le réseau In Extenso sur les enjeux de conseil social en tant que juriste. Elle assure notamment la veille sociale quotidienne et, avec son équipe, conçoit des outils et des offres stratégiques.

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Alexandra Clerc

Manager Conseil Social

Au sein de la Direction Marché Conseil Social et Paie chez In Extenso, Alexandra a notamment pour mission d’assurer une veille technique et réglementaire principalement dans le domaine du conseil social.

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