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Remboursement des PGE vs nécessité de financement des CAPEX dans le secteur hospitality

Date de publication : 10.05.22

Coronavirus - covid-19

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Christian BARDET

Dispositif de soutien de l’économie pendant la crise épidémique du COVID. Les prêts garantis par l’Etat ont aidé environ 700 000 sociétés en France, ce qui représentait fin 2021 plus de 141 milliards d’euros. Ce printemps 2022 marque le début des remboursements pour la plupart de ces entreprises. Celles-ci se posent la question de savoir comment elles vont pouvoir être en mesure de faire face à ce nouveau défit. D’autant, que leur marché impose de faire de nouveaux investissements pour rester compétitifs sur un marché de plus en plus concurrentiel.

Rappel du dispositif du PGE

Le Prêt Garanti par l’Etat (PGE) a été mis en place par le gouvernement Français le 16 mars 2020, pour atténuer les retombées économiques provoquées par la pandémie du COVID 19. Ce dispositif a été prolongé jusqu’au 30 juin 2022.

Il s’agit d’un prêt bancaire consenti à toutes les sociétés non financières, quelque-soit leur taille et leur forme juridique, garanti par l’Etat jusqu’à 90 % de son montant (pour les entreprises de moins de 5.000 salariés et dont le CA était inférieur à 1,5 Milliard d’Euros). Son montant dépendait du chiffre d’affaires de 2019, avec un plafond fixé à 25 % de ce chiffre d’affaires de référence.

Ce dispositif a été complété par un PGE Saison pour les entreprises touristiques, leur permettant de faire un prêt calculé sur le chiffre d’affaires des 3 meilleurs mois du dernier exercice clos.

Récemment, au mois d’avril a été mis en place un PGE Résilience, pour soutenir la trésorerie des entreprises affectées par les conséquences économiques de la guerre en UKRAINE, permettant de couvrir jusqu’à 15 % du chiffre d’affaires des 3 derniers exercices. Celui-ci venant en complément du PGE instauré pendant la crise sanitaire.

Les modalités de remboursement sont fixés sur une durée de 6 ans, avec un différé de remboursement du capital d’un an, porté ensuite à 2 ans, avec des taux d’intérêt allant de 1 à 2,5 %.

Ainsi un établissement qui a contracté un PGE en avril 2020 a bénéficié de 2 ans de différé de remboursement, soit jusqu’en avril 2022, et devra rembourser son prêt sur 4 ans, soit jusqu’en avril 2026.

Pour les entreprises en forte tension de trésorerie, celles-ci pourront bénéficier d’un allongement des délais de remboursement de leur PGE de 6 à 10 ans. Après avoir pris contact avec leur banque, ces entreprises devront s’adresser à la Médiation du crédit de la Banque de France ou aux conseillers départementaux de sortie de crise.

Risque de défaillance pour les établissements CHR

Les problématiques liées au remboursement de ces prêts vont connaître un caractère aigu dans les prochains mois, en particulier dans le secteur des CHR.

Dans une économie où les CHR ont été fortement impactés par le Stop & Go des mesures de restrictions sanitaires le « Cercle Perspectives « regroupant 17 cabinets d’expertises comptables parmi les plus importants a publié une étude sur « les risques de défaillance dans les établissements CHR « en Mars 2021.

L’étude a été réalisée sur un panel de 1 517 établissements CHR toutes régions confondues.

Cette étude a conclu à ce que 2/3 des établissements CHR entrent en zone à haut risque (égal ou supérieur à 50 %).

La mesure de ce niveau de risque a été calculé à partir de 4 indicateurs clé :

  • L’usage de l’activité partielle
  • La consommation ou non du PGE
  • Le retard dans le paiement des charges sociales & fiscales
  • Les Impayés Fournisseurs

Chaque indicateur constituant un palier de 25 % de risque défaillance, pouvant s’additionner en fonction de la situation de chaque entreprise. Si une entreprise cumule les 4 situations, son risque de défaillance s’élève à 100 %.

Remboursement PGE : établissement par niveau de risque de défaillance
  • Sans surprise, 85 % des établissements ont fait usage de l’activité partielle, qui joue pleinement son rôle d’amortisseur dans le secteur des CHR.
  • 2/3 des établissements ont entamé leur PGE pour payer leurs frais fixes
  • 31 % des établissements affichent un retard de paiement des charges sociales & fiscales
  • 18 % des CHR accusent des impayés fournisseurs

Les établissements de petite taille accumulent plus de risques de défaillance que ceux de grande taille.

Certaines activités sont plus ou moins touchées par le risque défaillance :

  • Les Traiteurs : 34 % de risque défaillance élevé (entre 75 & 100 %) (lié intimement à l’événementiel)
  • Les Campings : 8 % de risque défaillance élevé (en raison d’un saison estivale 2020 encourageante)
  • Les Hôtels de Tourisme : 27 % de risque défaillance élevé
Remboursement PGE : Top 3 des régions accueillant les établissements les plus à risque

Le remboursement du PGE versus le financement des CAPEX :

De manière quasi unanime les représentants de la profession considèrent que le délai de remboursement de 4 ans est trop court, pour pouvoir envisager sereinement ce remboursement. Beaucoup d’entre eux estiment que ce délai de remboursement trop court les privera de pouvoir investir dans leur outil de travail.

D’autant que la crise Ukrainienne, a provoqué une hausse des prix de l’énergie, et le COVID, une hausse des salaires, qui aura un impact certains sur les marges des entreprises, et donc sur leur cash flow

Le gouvernement a mis en place une possibilité d’allongement sous conditions pouvant aller jusqu’à 10 ans,

  • en ayant recours au médiateur du crédit pour les PGE inférieur à 50 000 € (60 % des PGE accordés)
  • et aux conseillers départementaux de sortie de crise (CODEFI) pour les PGE supérieur à 50.000 €

Les conditions posées par le dispositif sont au nombre de 3 :

  • Connaitre des difficultés avérées pour rembourser ce PGE
  • Ne pas être en état de cessation de paiement
  • Avoir des capacités de rebond pour assurer la pérennité de son activité

Au demeurant, ces opérations de restructuration devraient conduire inévitablement à être classée en « prêt non performant « et de faire l’objet d’une note dégradée au fichier bancaire (FIBEN) de la Banque de France, l’entrainant dans une spirale qui pourrait lui être fatale.

Ainsi, une entreprise qui obtiendra un réaménagement de son PGE éprouvera les plus grandes difficultés à obtenir de nouveaux financements pour développer ses activités, à l’approche d’événements majeurs pour notre pays (Coupe du Monde de Rugby, Jeux Olympiques de 2024, reprise des rencontres professionnelles d’envergure internationale), alors même que nos pays concurrents investissent massivement dans la rénovation de leur offre.

Les demandes des syndicats relayés notamment au Sénat (mars 2022) étant d’étaler ce remboursement sur 10 ans sans conditions, avec un 3éme différé de 12 mois.

Ces demandes n’ont pas encore reçus d’échos positif des pouvoirs publics.

Pour finir positivement, il est bon de savoir qu’ils existent des moyens de financements alternatifs comme les « Prêts Participatifs de Relance (PPR) et les Obligations de Relance (OR), Financements de long terme (8 ans), s’insérant entre les fonds propres et la dette classique, bénéficiant de la garantie de l’état, mais plutôt réservé aux PME & ETI. Entreprises en général les moins exposées au risque de défaillance.

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4 % des PGE contractés ne seront sans doute pas remboursés, selon les estimations du Ministère des Finances.

52 % des PGE ont commencé à être remboursé à fin avril 2022.

Enfin le pire n’étant jamais sûr, il est possible que la reprise du secteur dépasse les espérances des plus optimistes, (avec des signes positifs comme la réouverture du Terminal 1 de l’Aéroport de Nice dans notre région, ou les résultats encourageants du 1er trimestre 2022 ), permettant aux acteurs de la profession d’améliorer leurs résultats et leur trésorerie, pour retrouver des équilibres financiers incontournables pour pouvoir prétendre aux financements utiles à leur développement.

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A propos de L’auteur

Christian BARDET

Responsable Ligne de marché Hôtellerie

Christian est responsable de la ligne de marché Hôtellerie Expertise Comptable du groupe In Extenso

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